
Au milieu du lac, là où l’eau cesse d’écouter le vacarme du monde, les vagues bercent la chaloupe du pêcheur avec la tendresse du parent qui oscille doucement le berceau de l’enfant. Le fil bien tendu de sa ligne, descend dans les profondeurs de l’eau sombre, indifférent aux grondements qui secouent les rives.
À gauche, une colline s’embrase sous les cris des belligérants. À droite, une autre répond, vomissant des éclats de feu qui se reflètent sur l’eau comme des soleils brisés. Les bombes montent, retombent, éclatent et pourtant, le lac demeure un miroir, seulement frémissant, comme si la guerre n’était qu’un orage lointain. Le pêcheur, lui, respire lentement. Chaque souffle efface un peu du tumulte. Ses mains, tannées par le vent, tiennent sa perche avec la douceur d’un vieux rituel. Il attend le frémissement d’une prise, un signe minuscule, presque sacré, que la vie continue malgré les hommes.
Autour de lui, les explosions dessinent des cercles de lumière. Dans sa chaloupe, il ne voit qu’un ballet d’ondes, une chorégraphie fragile qui lui rappelle que même au cœur du chaos, l’eau sait encore danser. Et lorsque finalement un poisson mord, il sourit d’un sourire discret, presque invisible comme si, pour un instant, le lac avait gagné contre la folie des rives.
Laisser un commentaire