Flocons de Bonheur

On le pourchasse, on se l'achète, on le cherche chez l'autre, dans son regard, dans ses gestes. On vogue de plaisirs en plaisirs sans vraiment le toucher. Mais qu'est-ce donc alors que le bonheur?

— M. Paul, c’est Georges.

— Ah Georges, vous êtes en retard. Est-ce que tout est en ordre comme prévu?

— Oui Monsieur. Désolé pour le retard, j’ai eu un léger empêchement. Je serai à vos bureaux dans une vingtaine de minutes et on pourra revérifier tout ça ensemble une dernière fois.

— Je vous attends.

Son client raccrocha sans le saluer.

Georges avait passé la nuit au bureau, à réviser une dernière fois les termes de cet important contrat. En complétant cette acquisition, Paul industries deviendrait le deuxième joueur mondial en importance dans la fabrication de drones civils. Une étape majeure de leur croissance, mais aussi un risque énorme considérant le niveau d’endettement requis pour compléter l’acquisition. Il n’y avait pas de place à l’erreur. si l’acquisition se déroulait comme prévue, le cabinet de Georges passerait aux ligues majeures. Il ne fallait pas rater cette occasion.

Le bureau de Paul industries était à une dizaine de rues seulement. Plutôt que de prendre un taxi, Georges préféra marcher. L’air frais et humide du matin d’automne lui fit l’effet rafraîchissant d’une douche matinale. Il regarda sa montre et accéléra le pas.

Il s’arrêta un peu plus loin devant un itinérant crasseux et malodorant, assis par terre.

— Pour vous, mon brave, faites en bon usage, dit-il en lui tendant un billet de vingt dollars.

— OH Merci monsieur, répondit-il, en enfouissant rapidement le billet dans sa poche.

Georges reprit sa route, se désolant intérieurement qu’on puisse tomber si bas.

Au coin de la rue, le feu de circulation passa au rouge. Merde! Il s’arrêta. Les secondes s’écoulaient au compte-gouttes. Il jeta un œil à sa montre, regarda à gauche, à droite. Personne. Il regarda à nouveau sa montre. Il décida de traverser.

— HEY ATTENTION!

Surpris par le cri derrière lui, il s’arrêta net, alors qu’une voiture passait à vive allure à quelques centimètres de son pied droit.

Ouf, se dit-il, le cœur battant, c’était moins une. Il se retourna et l’itinérant le regardait avec de grands yeux.

Il lui fit un signe de tête reconnaissant en prenant un air coupable.

La lumière passa au vert. Il regarda à nouveau à gauche et à droite avant de s’engager sur le rue, encore un peu sous le choc, se disant qu’il suffit parfois juste d’une mauvaise décision pour changer le cours une vie.

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