Pour l’atelier d’écriture de Leiloona. En s’inspirant d’une photo (prise par Laurent Brisson), écrire un court texte, juste pour le plaisir d’écrire.

Je ne sais plus trop où les mettre. À chaque jour, il en apparaît une de plus et j’en ai déjà quarante-deux. Génétiquement elles sont identiques, j’ai fait vérifier. Cependant, elles ne sont pas toutes au même stade de leur développement. Visiblement, on les relâche quand elles sont âgées entre 5 et 7 ans. Cette variété de jeunes filles est vraiment invasive, c’est à se demander pourquoi ils en produisent autant. Parfois, la quantité indique une variété détenant des atouts particuliers que l’on souhaite répandre, mais parfois aussi, c’est simplement un vide-grenier pour une expérience non concluante. Ce matin, par exemple, j’en ai reçu deux d’un coup. La montgolfière s’est posée un peu plus loin dans le champs avec ces deux petites nichées dans la cuve qui leur tenait lieu de nacelle. La plus jeune frissonnait et semblait résignée, mais l’autre paraissait frondeuse et avait la prestance, ce port de tête des meneuses. À ses lèvres légèrement pincées on devinait qu’elle était de celles qui ne s’expriment pas les premières. Je les ai menées à l’ancienne grange aménagée pour elles. Un sourire est apparu sur le visage de la plus petite en apercevant ses sœurs de sang, mais la plus âgée s’est contentée de porter un regard circulaire, comme pour évaluer les forces en présence. Elles n’ont pas de nom. Elles se reconnaissent au numéro tatoué derrière leur épaule droite. Celle au tempérament plus rebelle porte le 44, un numéro double comme celui que s’attribuent les joueurs étoile au sein des équipes sportives.
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Pas de montgolfière ce matin. C’est peut-être terminé. Il serait temps, parce que ça fait tout de même pas mal de bouches à nourrir. Les petites semblent s’organiser autour de 44. C’est toujours intéressant de voir comment réagissent les individus au sein d’un groupe. Au départ, elles étaient plutôt craintives, méfiantes et restaient chacune dans leur coin quand j’arrivais le matin avec une petite nouvelle, mais au fur et à mesure que passaient les jours, elles ont commencé à se regrouper naturellement pour accueillir la nouvelle venue. Il s’est donc formé une sorte de communauté où elles se reconnaissent des affinités et une parenté affective, mais le groupe est resté relativement désorganisé, sans hierarchie précise et se pliant de bonne grâce aux règles imposées. Ce matin, je sens que c’est différent. L’arrivée de 44 semble avoir concrétisé quelque chose. Quand je leur ai apporté à déjeuner, elles étaient en demi-cercle et 44 était au zénith. C’est significatif. Elle s’est avancée la première pour prendre son bol de gruau et m’a remercié d’un signe de tête, mais sans sourire pour autant. Au moment de quitter, j’ai entendu derrière moi une voix exiger avec fermeté: « Demain, on veut des fruits dans notre gruau! ».
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