
Hier soir, j’étais fasciné par les nuages noirs qu’apportait le vent, par les bourrasques qui secouaient les arbres avant la pluie, par le grognement du ciel avant l’orage. Le vent, on ne l’arrête pas. On peut se mettre à l’abri, l’utiliser ou y faire face, mais on ne l’arrête pas. Il passe, c’est tout. J’aime, j’adore ces moments où flotte dans l’air une colère contenue, prête à déchaîner les éléments. J’étais là en silence, aux aguets, attendant l’ultime minute avant d’aller me réfugier à l’intérieur et m’est revenu en mémoire le souvenir heureux de cet été là où âgé de 12 ou 13 ans, j’avais appris seul à manœuvrer mon petit dériveur entre les creux et les vagues, à savoir prendre le vent, à glisser sur les flots penché toujours plus en arrière jusqu’à l’extrême limite sans chavirer, retenu par la voile ronde et gonflée, à frôler l’eau qui défile à toute vitesse en laissant derrière de longues traînées sombres alors que je fonce devant à l’assaut des vagues sans penser à rien d’autre qu’à être là, enivré de vie et de vent. Quelque chose a changé en moi cet été là. Comme un rite initiatique, j’étais devenu un peu plus moi.
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