Pour l’atelier d’écriture créative d’Anne Fabregoul, écrire un court texte sur le thème d’une porte étrange en respectant les contraintes suivantes: PROPOSITIONS 323 & 324 – SEPTEMBRE 2026 – ECRITURE CREATIVE

La pluie des derniers jours avait considérablement nourrit ma pelouse, devenue riche, verte et abondante. « Tu devrais tondre la pelouse », m’a alors fortement suggéré ma conjointe. Elle avait raison, évidemment, même si j’avais plutôt pensé reporter à plus tard, comme j’ai tendance à le faire avec tout ce qui ne contribue pas directement à mon bonheur. Il est vrai, tout de même, qu’une fois fraichement tondue, je la trouve tout simplement parfaite et ça m’apporte beaucoup de satisfaction. Le résultat est vraiment plaisant, mais pas nécessairement le processus pour y arriver. Je suis donc sorti, un peu à contrecœur et me suis dirigé au fond du terrain en direction du cabanon pour récupérer la tondeuse, le bidon d’essence et le taille bordure. Le cabanon n’a pas l’électricité et malgré une toute petite fenêtre installée en hauteur, ça reste toujours sombre et très mal éclairé. Depuis des années, je me dis que je devrais y amener l’électricité, mais j’ai toujours reporté à plus tard. Évidemment!
En entrant dans le cabanon, j’ai aussitôt compris que quelque chose clochait. L’odeur, d’abord était différente celle qu’on y sent d’habitude. Il n’y avait pas cette odeur un peu terreuse de gazon séché, mais plutôt celle des algues mortes qu’on retrouve sur une plage au petit matin et un côté salin rappelant le bord de mer. Que c’est étrange, ai-je pensé. Et puis, j’ai remarqué une forme plus sombre, tout au fond du cabanon, qui ressemblait à une porte. Ben voyons, me suis-je dit, qu’est-ce que c’est que ça? j’ai allumé la lampe de poche de mon Iphone pour y voir un peu mieux et surprise, c’était bien une porte. Une nouvelle porte était apparue dans mon cabanon. Non, mais je rêve ou quoi? En m’approchant un peu, j’ai remarqué sur celle-ci une inscription qui disait: « Réservé à ce que vous n’avez pas osé vivre cet été ». Ouf, ai-je pensé, je dois rêver, ça n’a aucun sens tout cela. La poignée en laiton usée et un peu rayée reflétait la lumière de mon Iphone et semblait m’inciter à y poser la main. Ce que j’ai fait. Une sorte de vibration a aussitôt parcouru ma main, puis mon bras et est remontée jusqu’à ma nuque. Je me suis senti un peu étourdi, mais sans pour autant lâcher la poignée. J’ai plutôt tourné un coup à droite et poussé un peu, mais il y avait une résistance, comme si le vent la repoussait vers moi. J’ai poussé encore plus fort et elle s’est soudainement ouverte, me précipitant à l’intérieur. Je me suis retrouvé les deux pieds dans le sable. J’ai d’abord été ébloui par la lumière. J’étais sur une plage. À perte de vue, Les vagues s’échouaient en fracas sur la grève et retournaient ensuite vers la mer. Le vent frais du large amenait vers moi cette odeur iodée des algues mortes récupérées par la marée. Le ciel se confondait à la mer jusqu’à l’horizon et le sommet des vagues traçait des bouillonnements blanc, rappelant la mousse qui se forme quand on se verse un bière. Un incroyable bien-être s’est alors installé en moi. J’ai fermé les yeux un instant pour l’apprécier, même si j’avais peur que tout s’efface. J’ai réouvert les yeux et aussi incroyable que ça puisse paraître, tout était encore là. J’ai regardé derrière moi et comme ça dans le vide, on voyait une ouverture un peu floue là où la porte s’était ouverte et je sentis devoir décider entre rester sur la plage, pour toujours, ou revenir dans le cabanon et reprendre ma vie là où je l’avais laissée. J’ai respiré encore un bon coup et j’ai ensuite pensé à ma conjointe que j’aime tant, à mes enfants, à mes parents, mes amis et à tout ce qu’on a bâti ensemble au cours de ces années et je suis revenu dans mon cabanon et me suis retrouvé avec les deux mains sur la tondeuse, encore un peu étourdi et je l’ai sortie avec le cœur qui battait encore la chamade.
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