Flocons de Bonheur

On le pourchasse, on se l'achète, on le cherche chez l'autre, dans son regard, dans ses gestes. On vogue de plaisirs en plaisirs sans vraiment le toucher. Mais qu'est-ce donc alors que le bonheur?

Pour l’atelier d’écriture créative d’Anne Fabregoul, écrire un court texte sur le thème d’un bout de bois mort en respectant les contraintes suivantes: PROPOSITIONS 321 & 322 – JUILLET/AOUT 2026 – ECRITURE CREATIVE

La tempête avait fait rage toute la nuit. Les arbres dégouttaient encore, tel un sportif épuisé après l’épreuve. Marchant dans les hautes herbes, je sentais mes pieds mouillés au fond de mes chaussures. Je me dirigeais sans me presser vers le ruisseau dont les flots avaient été gonflés par l’orage. Au loin j’entendais la puissance sonore du débit d’eau. Ce ruisseau, si paisible d’habitude et qui aime se la couler douce était maintenant malmené avec violence, comme un esclave dont on a fouetté le dos pour qu’il travaille plus fort et plus vite. Il ne choisit pas ou peu. Il subit une colère qu’il n’est pas la sienne, mais celle-ci en engendre toujours une autre, on le sait très bien. Quand le vent force un jeune arbre et tente de le déraciner, celui-ci devient plus résistant, plus fort, pour affronter la prochaine agression. Un jour, se dit-il, un jour…

Arrivé au ruisseau, j’ai aussitôt remarqué l’érosion des berges. Le ruisseau était devenu plus large, plus imposant que la veille. Certains arbres qui poussaient hier en bordure du ruisseau avaient maintenant carrément les pieds dans l’eau. Je ne sais pas s’ils survivront à cette épreuve. L’eau est nécessaire à la vie végétale, mais trop d’eau peu aussi tuer, on sait ça aussi.

Là, coincé entre les pierres, un bout d’arbre mort semblait résister à la puissance des flots. Lui qui était visiblement déjà en fin de vie, se reposait sans doute en bordure du ruisseau, quelque part en amont, accueillant parfois un oiseau venu se poser là, peut-être un écureuil curieux ou un autre animal venu s’installer sur lui pour profiter doucement des rayons du soleil et du bruit blanc du ruisseau. Plus maintenant. On souhaite généralement une fin de vie en douceur, entouré de nos proches, mais personne ne souhaite se retrouver balloté par les flots, par des forces qu’il ne connait pas, qui ne le connaissent pas et qui n’ont aucune empathie pour tout ce qu’il a vécu, qui n’en ont rien à foutre. Ils font leur job, c’est tout. Pour eux, tu n’es plus cet arbre gigantesque que tu as été autrefois, celui qui affichait avec orgueil ses couleurs vives à l’automne, qui dominait son territoire et qui voyait jusqu’à l’horizon la prairie qui vivait au rythme des saisons. On t’a arraché ces derniers moments, comme un vulgaire bout de bois mort, sans égards à tout ce que tu as été.

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