Flocons de Bonheur

On le pourchasse, on se l'achète, on le cherche chez l'autre, dans son regard, dans ses gestes. On vogue de plaisirs en plaisirs sans vraiment le toucher. Mais qu'est-ce donc alors que le bonheur?

On était 6 millions au Québec dans les années ’70. Je me souviens de cette pub de bière qui touche encore des cordes sensibles quand je l’écoute. Pourquoi? je ne saurais trop dire. Pas pour la bière en tous cas, même si c’était « ma marque préférée ». Peut-être pour les sentiments et les souvenirs qui accompagnent cette époque. J’étais adolescent et peu politisé, mais au Québec, à cette époque on vivait un bouleversement politique considérable. Il y avait eu le FLQ en 1970, un mouvement terroriste qui visait à donner par la force le pouvoir aux « Canadiens-Français », qui représentaient plus de 80% de la population du Québec, mais dont l’économie et le monde des affaires étaient encore beaucoup sous le contrôle des « Canadiens-Anglais ». Ces terroristes étaient un peu vu par la population francophone de l’époque comme des garnements sympathiques qui se révoltaient contre le pouvoir Canadien-Anglais et qui tournaient le Gouvernement en bourrique, du moins jusqu’à ce qu’il y ait mort d’homme.

L’armée canadienne avait ensuite envahit les rues, à la demande du Premier Ministre et emprisonné arbitrairement tous ceux qui semblaient un peu trop nationalistes pour ainsi tuer dans l’œuf ce mouvement terroriste. Voir l’armée descendre dans les rues avait causé un véritable choc psychologique au sein de la population et c’était probablement l’objectif. Cela avait fonctionné, tout en laissant un sentiment de défaite, un sentiment de soumission face à l’envahisseur, comme celui hérité de nos ancêtres après la défaite des Plaines d’Abraham qui avait amené la population francophone sous le joug des Anglais victorieux.

Mais si on avait tué l’idée de promouvoir ses idées par la violence, l’idée d’une majorité francophone au pouvoir avait été semée et a ensuite continué à germer jusqu’à la venue du Parti Québécois, en 1976, à ce moment charnière où les « Québécois » ont commencé à exister politiquement, démocratiquement et sans violence. Pas comme minorité francophone canadienne, mais comme majorité québécoise sur son propre territoire, comme « peuple », sous l’impulsion d’un René Levesques, bon pédagogue, excellent communicateur, gambler, plein de défauts et hautement sympathique.

Aujourd’hui, nous sommes près de 9 millions de québécois et certaines études laissent entendre que 93% d’entre nous sont en mesure de tenir une conversation en français et c’est requis dans la plupart des emplois. Normal, direz-vous, comme c’est le cas dans tous les pays, pourtant, ça reste au Québec un combat perpétuel contre le bulldozer culturel de notre voisin américain et une population de plus en plus bilingue. Le bilinguisme est une richesse culturelle au niveau personnel, mais quand il devient généralisé, il marque simplement le passage d’une langue à une autre en l’espace d’une génération ou deux et dans ce contexte, il est facile de déterminer laquelle deviendra la langue commune, alors que l’autre s’éteindra peu à peu pour ne devenir que folklorique et parlée par les anciens, comme en Louisiane.

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